vendredi 28 février 2014

Flamenco sans façon

La journée tire à sa fin sans faim. L’Amie J est à mes côtés et nous placotons depuis quelques heures quand son ventre à elle se mêle de la conversation. « Et si on allait marcher un peu et manger une croûte? » On s’habille et le temps de faire un très bref tour du proprio, nous marchons sur Berri, direction Vieux Port. Il fait froid, mais nous avons toutes deux suivi la même session d’adaptation au Nunavik. Sans être immunisées, nous sommes disons, habituées.

C’est la première fois que je découvre cette partie de la ville enveloppée dans sa froidure. La grande horloge s’élève, haute et fière, bravant les courants d’air glaciaux qui s’élancent au-dessus du Fleuve. Je regarde derrière moi, ces immeubles à condo et je tente de m’imaginer, habitant là, faisant de mon quotidien ces paysages encombrés, différents de tout ce que j’ai connu avant.

Facile à dire, difficile à faire…

Nous reprenons la marche : rue Bonsecours, La Maison du Père, Champs-de-Mars, Gosford… Tiens, mais qu’est-ce que cette annonce qui pendouille sur le mur du Balcon*? Le 27 février, mais c’est ce soir!… Souper-concert Flamenco… C’est bizarre. Il n’y a pas vraiment beaucoup plus d’infos. « On va voir? » me dit l’Amie J. Je tire la lourde porte sans apparat et un escalier vertigineux se présente à nous. Tout en-haut, un petit carreau éclairé, comme on en voit dans les vestiaires. Un homme s’y pointe le bout du nez et…

… Nous voilà assises, devant un pavé de saumon. La salle est vide. Seuls un couple d’amoureux alanguis par les années se regardent dans les yeux une table plus loin…

… Le gâteau mousse est délicieux. La salle est maintenant remplie à son comble. Soudain les lumières se métamorphosent et une grande dame vêtue d’une longue jupe blanche à triple volants au-bas se glisse sur l’espace laissé dégagé depuis le début. Une jeune femme s’assoit, enfourchant sa guitare et un jeune homme s’installe auprès d’elle sur l’une de ces nouvelles caisses de résonnance.

Et ça commence…

Nous sommes transportées par des chansons pleureuses, et des danses d’un extrême doigté. Du Vieux-Montréal, nous voilà en Espagne, le ventre plein et le bonheur au creux de la main.

C’est ça que j’aime, de « la » Montréal…

* nom de l’endroit où nous nous sommes posées… et où l'on découvre qu’une fois par mois, on y fait une soirée full célibataires… hum… ça risque de devenir un éventuel billet qui pourrait s’intituler : « Célibataire sans façon… »

mercredi 26 février 2014

36 au-dessus

En moins de temps qu’il n’en faut pour crier «ascenseur », je me suis retrouvée tôt ce matin, au trente-sixième étage du Château. Sans blague, je crois que je n’avais jamais été aussi haut sans être à bord d’un avion! Ou peut-être si, à Florence, dans une espèce de vieille tour aux escaliers en colimaçon où j’avais failli mourir des suites d’une attaque de claustrophobie et d’ochlophobie. Parlez-en à ma Douceur ma Belle si vous ne me croyez pas…

À la pause de mi-journée, je me dirigeai vers les toilettes. Besoin était. À peine j’eus finis de me laver les mains, j’aperçus tout au fond de la salle, deux fauteuils qui me semblaient plus que confortables et une petite table. Intriguée, je m’en approchai. Sur le coup, je me suis demandée qui pouvait avoir la drôle d’idée de venir s’installer ici pour prendre un café…

… J’y ai réfléchi pendant une bonne dizaine de minutes tout en m’extasiant sur ce que la ville déroulait sous mes yeux…

Les vitrines touchant terre (!) donnait une vue imprenable sur Montréal. Comme si j’avais googueulé une adresse en 3-D, je pouvais suivre les différentes artères, tourner abruptement sur le coin d’une tour pour reprendre mes rêveries juste un peu plus loin. J’adore me perdre ainsi dans la métropole.

Je dis bien ainsi, car quand, à la fin de la journée, vint le temps de mettre mes bottes et de me faufiler à l’extérieur j’hésitai! Pas mal quand même pour une fille qui pense venir s’installer ici. J’ai du chemin à faire en ti pépére!!! Mais une fois mes bottes mises, j’ai glissé tout ce que j’avais de courage dans mes poches et me suis dit : « Allons ma Vieille! T’en mourras pas! » (du moins je l’espérais fortement car je n’étais pas prête à rendre l’âme ainsi , ici…)

Et devinez quoi?...

Je me suis retrouvée, billet en main, dans la salle 2 d’un immense cinéma. L’écran s’étendait à l’infini devant les cinq spectateurs attentifs à ce qui s’y déroulait.

J’ai basculé légèrement le haut siège en cuir (c’est le confort total dites-donc les salles de la métropole!), et j’ai ouvert mon cerveau aux conversations. En habituée du cinéma à Kuujjuaq, j’avais choisi un film anglais!

Cré moi!...

p.s. « That awkward moment » est un bon film. Mais ne me demandez surtout pas le nom des acteurs…



mardi 25 février 2014

Avoir la bougeotte

"La Belle s'est endormie...", Montréal, février 2014
M'y revoilà, dans cette belle grande métropole qui m'attise, qui m'attire, me hante, m'enchante. Après un vol sans histoire ni escale (!), je suis maintenant confortablement installée au Marriott Château Champlain pour deux nuitées. Je n'ai point cherché à quitter ma chambre pour aller fureter et explorer le coin. Me dit que demain midi me guidera à l'extérieur.
Peut-être...
Sinon, je me laisserai tenter demain soir, par cette affiche géante que j'aperçois au coin d'une rue un peu plus loin. Des lettres blanches, alignées à la verticale: C-I-N-É-M-A... Voyez ce que je veux dire?...
Dehors les sirènes se déchaînent. Les voitures, petits points lumineux, se déplacent de gauche à droite, de droite à gauche, dans un interminable ballet, spectacle indéfinissable dont je ne me lasse.
Montréal, que j'aimerais adopter pour un temps, juste pour voir, comme un autre défi à ajouter à ma vie...
Montréal, l'intouchable, la Belle, la grouillante. Le serait-elle trop pour moi, l'ermite habituée aux décors bucoliques?...
Une chose est certaine: je vais m'en gaver cette semaine, jusqu'à m'en faire baver. Lorsque j'en serai rassasiée, je reprendrai le ciel du Nord où un autre voyage m'attend déjà...

samedi 22 février 2014

Nouvelles



Je me sens comme une vieille batterie sur le bord de rendre l’âme. Non que j’aille en mourir mais, j’ai vraiment attrapé ce que j’appellerais un « monstrueux-rhume-de-femme ». Je comprends maintenant très bien la gente masculine quant ils se font attraper par une  « grippe-d'-homme ».
 
Un seul mot : É-P-O-U-V-A-N-T-A-B-L-E!!! 

J’ai l’impression d’avoir cent ans et les mêmes besoins de soins et d’attentions que si j’en avais cinq! Wilson, Georges et Joseph font tout leur possible pour s’occuper de moi, mais il manque encore un (des) p’tit (s) quelque (s) chose (s) comme…

 les cuillères à thé de miel de la main d’une Maman Fitzsou pour soulager ma toux;

ses guenilles de laine réchauffées dans le fourneau et apposées sur mon thorax par-dessus une généreuse couche de Vicks®;

ses tasses d’eau chaude citronnée adoucie avec du miel;

ses « Ça vas-tu un peu mieux? »;

les effluves s’élevant de son petit chaudron en fer blanc rempli d’une mixture d’eau bouillante et encore de… Vicks®!

Re-niff… Je me sens bien seule et loin d’Elle... (anyways…)

Pour être positive et garder le moral, j’avoue que j’ai quand même une couverture doudoune toute douce pour m’y enrouler, un pyjama en flanalette frais lavé, des tonnes de DVD à écouter, un roman à l'eau de rose à lire, de la tisane aux fleurs-cueillies-à-la-main-directement-de-la-Pologne par les parents de Collègue E à siroter et… et… 

… comme meilleure Amie depuis hier, la boîte de Kleenex pour gérer mes abondants catarrhes!!!


p.s. prière de … lire entre les lignes que les rhumes nordiques ne sont ni pires ni mieux que ceux du Sud!!!



"Question d'organisation", Kuujjuaq, février 2014

mercredi 19 février 2014

Voyages au nord du 55e parallèle



Ma Collègue Inuk prenait place sur le siège derrière moi. Il lui fut facile de me croquer sur le vif en pleine envolée… Vous me voyez au naturel. À surfer sur les nuages à défaut d’y avoir la tête, le nez collé sur la fibre de verre du hublot, fixant l’horizon, les étendues de glace, de neige, les escarpements rocheux, la mer au loin…. Je ne décolle pas de là… Je conserve la position jusqu’à l’atterrissage. Et gare à quiconque osant tenter m’extirper de mes rêveries. Pouvoir, je sortirais la tête pour encore mieux voir…

Pendant tout ce temps, je me perds dans mes pensées. Et mes pensées me perdent. Facile : j’en ai tellement! Je m’y égare, je m’y réfugie. J’avais trouvé tous les vols de la semaine précédente trop courts, trop rapides. À peine une vingtaine de minutes entre les villages. J’avais à peine le temps de me laisser planer un peu que les pilotes me ramenaient « right true » sur terre. 

Les joies et les misères du travail au Nord!... « I’m kidding… »

À terre j’ai barouetté mes sacs-à-deux-dos, de Kuujjuaq à Quaqtaq avec arrêts au retour, à Kangirsuk et Aupaluk. Pourquoi j’ai la malheureuse impression de me répéter?... Probablement parce que j’ai laissé quelques photos sur FB…

J’ai magasin-angé aussi. Me suis trouvée de beaux kamiks blancs perlés, lesquels l’Ami Ed leur a trouvé une vague ressemblance avec une aurore boréale. Imaginez : lorsqu’un jour je quitterai le Nord et que je glisserai mes petits petons dedans, j’aurai l’impression de zigzaguer dans le ciel étoilé du Nunavik.

Pouvais-je vraiment me faire plus beau cadeau?...

"Pensées en suspension", Nunavik, février 2014

mardi 18 février 2014

Visiteur inopiné



Les dernières belles journées s’étaient étendues sur le Nunavik avec un aplomb ostentatoire et encore moins de retenue que ces milliers de corps blancs envahissant chaque année les plages d’un vrai Sud. Le ciel avait été beaucoup trop bleu, le soleil beaucoup trop brillant, la température, beaucoup trop froide. C’était l’hiver du Nord, un bel hiver…
 
Mine de rien, j’avais poursuivi ma vie nordique, sans rien attendre ni espérer d’un peu de ce spécial pouvant pimenter le quotidien. Je me trouvais gâtée par la Vie, d’avoir vécu une si belle dernière semaine dans les autres villages, d’avoir survolé tant de cette blancheur éclatante, marbrée ici et là, des reflets de lumière projetée par l’astre insolent. Avec cette pensée bucolique en toile de fond, je me disais que l’hiver nordique allait bon train et qu’il laisserait bientôt sa place à un printemps frais et dispo. 

... Il arriva sans crier gare. J’avais bien remarqué les conjonctives un peu rougies : j’avais blâmé la nuit d’insomnie. Je renâclais certaines situations au travail : ça expliquait la gorge qui piquait. Et ce soir, alors que je m’installais sur le divan de cuirette brun chocolat, je me sentis plus que fourbue sans trop savoir pourquoi. Quelques instants plus tard, il se pointait le bout de nez... au bout de mon nez!...

Il avait subtilement usé de perfidie pour réussir à m’attraper. Je ne dirai pas « enfin ». Parce qu’on n’utilise jamais l’adverbe « enfin » quand on parle de lui. Moi qui avais su l’éviter jusqu’à présent… me v’là nantie d’un coryza pour les prochaines semaines…

Zut!...
 
"Vol au-dessus du Nunavik", février 2014

dimanche 16 février 2014

Par un beau dimanche à Kuujjuaq...



La neige craquait sous nos pas. L’air expulsé de nos poumons demeurait suspendu un court instant dans le silence établi de la colline. La Koksoak s’étendait langoureusement immobile sous ses tonnes de glace. L’espace nous appartenait et on l’occupait entièrement.
 
Nous étions parties avec l’idée d’affronter un moins quarante-et-un avec facteur éolien. Nous nous sommes retrouvées sous un soleil qui se donnait des allures printanières. Pour un peu on l’aurait cru. Des projets se mirent à fleurir dans nos esprits échauffés : feu de camp et sandwich grillé ne sauraient tarder!

L’Amie Sue se faufilait sur les rochers, reconnaissant ici la gueulée, là, l’île, repère de la descente vers les berges. À certains points, la beauté nous oppressait tellement, que l’on devait s’arrêter pour admirer béatement ce qui s’offrait sous nos yeux. L’hiver allait bon train au Nunavik, et bien vêtues, nous avions décidé d’en profiter au maximum de ce que nous permettait notre fin de semaine de congé.

Depuis quelques temps, une jeune chienne noire apprécie et partage avec nous ces moments de grâce. Nous l’avons baptisée Achille, comme dans « Achille-sur-nos-talons ». Elle gambade tout autour, nous laissant peu de répit quand on décide de prendre place sur nos sièges de glace. Malaisé de déterminer sa race mais elle a de bonnes grosses pattes et un doux caractère. Et sa robe est tellement noire! Seuls quelques rares poils blancs percent son poitrail. 

Difficile de résister à l’adopter… 

… mais on tient le coup!

"Achille et l'Amie Sue", Kuujjuaq, février 2014

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Angélique, perfectionniste- approximative, douce mais impatiente...

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