jeudi 28 février 2013

Quand ça tombe presque du ciel…



Février, mars, avril : une période abrutissante au bureau. C’est la fin de l’année financière avec sa ribambelle d’étapes passant de la reddition de comptes à l’équilibre budgétaire, jusqu’aux achats de dernière minute… Parfois j’ai l’impression de gérer une petite entreprise… captive à l’intérieur d’une grosse! Ça me demande de la concentration, beaucoup de concentration… 
 
Malheureusement, l’environnement physique se prête plus ou moins à cela. Nous travaillons à plusieurs dans le même cubicule, et tous sont ouverts « au grand public ». J’ai eu beau tout essayer : les bouchons dans les oreilles enfoncés jusque dans le gorgoton; les écouteurs avec mon répertoire i-pod « musique pour rêver » (c’est assez mollo…) ou encore rien du tout, des p’tits bouts… 

Malgré tout... ça reste difficile. Depuis le début de la semaine, que je m’affaire à relancer mes collaborateurs, que je cours après les factures, que je calcule… 

Hier après-midi, alors que je me trouvais dans un état de concentration quasi pontifical, soudainement on me tapa sur l’épaule. Je levai brusquement la tête pour apercevoir Collègue N, le sourire un peu mitigé pour ne pas dire un peu figé, tenant une copie du courriel que j’avais envoyé la veille, à certains Hauts Dirigeants et Collaborateurs du Centre de Santé de la place.

Mon cœur a sauté un battement… La frousse d’avoir commis une bévue s’est emparée de moi à la vitesse d’une aurore boréale s’enfuyant après avoir fait un mauvais coup… (?) Qu'est-ce que j'écris là?...

« Je voulais te dire… » commença-t-elle, « … que le Directeur des finances a pris connaissance de ton message et que… »

… Ce n’est pas vrai là, on aurait dit qu’elle le faisait exprès…

« … il a dit « Cette fille-là, elle travaille-tu assez bien!... »… puis je tenais à venir te le dire… » finit-elle avec un sourire qui n’était plus ni figé, ni mitigé mais plutôt franc et sincère.

« Ah ma Tabarouette ! Tu m’as fait peur! » lui dis-je.

« Je sais, c’était pour rire... Je tenais absolument à te partager son commentaire… » répliqua-t-elle.

Et moi de me lever et de la serrer dans mes bras. Parce que une tape sur l’épaule de ce genre, qui nous tombe comme ça, presque du ciel, ça n’arrive pas souvent pis ça fait du bien en… tabarouette!...

... Aujourd’hui le « budget » n’aura plus... qu’à bien se tenir!...

mercredi 27 février 2013

À la croisée des « chiens »…



J’avais passé la journée à travailler chez Tivi Galleries. J’y avais même appris ce jour-là, l’étymologie du nom du magasin. « Tivi » c’est « David » en Inuktitut. Le prénom du proprio… Moi qui pensais que c’était en l’honneur de Tivi Etook*! Je m’étais gourée pas à peu près!...
 
Peu après seize heures, je m’étais retrouvée assise à l’arrière de la camionnette du proprio alors qu’il s’apprêtait à porter secours à deux gentes dames ayant eu la curieuse envie d’aller se promener à la Base d’hydravions (fermée pour l’hiver!). Mal leur en avait pris car du coup, la voiture s’était enlisée dans un moult de neige d’une impeccable blancheur.

« À l’aide!... »

Chemin faisant, quelle ne fut pas notre surprise de croiser un attelage de chiens à l’entraînement. Du moins c’est ce que j’en pensai. Après tout, la course Ivakkak s’en venait à grands pas du côté de l’Hudson et cette année, ce serait de Kuujjuaraapik à Puvirnituq que ça se passerait. Six cent kilomètres... 

J’étais ravie. C’était la première fois que j’étais témoin d’un tel déploiement d’énergie, comme cela, en plein milieu de la route. Comme si les chiens tiraient la langue à la civilisation omniprésente…

C’est fou ce que l’on peut rencontrer à une croisée de chemin!...



mardi 26 février 2013

J’étais…




… un peu stressée. Pour la première fois depuis le 28 janvier, je n’avais aucun billet prévu à l’avance. Les mots avaient désertés un à un mon cahier d’écriture pour s’envoler vers les jours de février. 
Pour mal faire depuis mon retour du travail, j’avais fait comme la cigale, et passé le Temps en écoutant le « Billy Elliot » qu’avait abandonné l’Amie Sue sur mon bureau ce même après-midi, lors d’une brève apparition en compagnie de sa Belle Grande Fille venue pour le week-end, lui rendre visite.
Comme si c’était insuffisant, j’avais ensuite pris le Temps de jaser tout près de deux heures avec mon Grand Frère à qui je n’avais parlé depuis… novembre?...
Laisser-aller
Pour me mettre dans l’ambiance, j’ai laissé la musique de « Life of Pi », grand gagnant de dimanche soir, envahir le p’tit appartement. Je l’avais ramassé dans un Renaud-Bray de la Métropole un certain samedi de janvier, bien avant qu’il ne devienne une célébrité. J’ai illuminé le petit ange reçu de défunte Tante P, tiré vers moi la petite chaise droite aux barreaux de métal et siège de cuirette beige, pris place devant mon portable, qui m’attendait, la bouche grande ouverte, prêt à gober tout ce que je lui donnerais… J’ai placé mes doigts sur les touches, comme l’aurait fait une amoureuse des notes, j’ai pris une grande inspiration et j’ai jeté la pensée du 25 février qu’affichait mon calendrier perpétuel…
 
« Les choses s’épanouissent, une à une, puis retournent à la Source…, à ce qui est et à ce qui sera. » Dr Wayne Dyer




J’avais pris la photo le samedi… Ou était-ce le dimanche? Peu importe… Pour la deuxième fois depuis décembre 2011, mon cactus de Noël délaissait son côté piquant pour qu’on puisse le voir sous son plus beau jour, son vrai jour… Il avait étalé ses couleurs pour la première fois, à mon retour, le 28 janvier… 

Coïncidence?... Peu m'importe… 

Je sais maintenant que sous son air rébarbatif, se cachait un cœur d’or…
 


lundi 25 février 2013

Hey Taxi!



J’étais chez l’Amie Sue, ce beau vendredi soir, de retour à Kuujjuaq après un deux semaines de cavale nordique. Nous étions à digérer la pizza aux crevettes tout en sirotant le thé, quand je réalisai qu’une fois de plus, le Temps s’était enfui par un quelconque interstice de Vie. Je pensais à la marche de retour quand, sans réfléchir plus avant, je décidai que ce soir-là, je ne remonterais pas les deux côtes. Ce serait ma gâterie de la semaine, mon cadeau d’Amour à Moi de Moi… Sans hésitation, j’osai signaler le nouveau numéro que j’avais mémorisé (!) le midi même (allez savoir pourquoi!) alors que je me trouvais devant les téléphones publiques à l’aérogare… Pour la deuxième fois de ma vie de Kuujjuamiut, je prendrais LE taxi… 
 
7253

À peine après avoir baragouiné l’adresse de Sue, et sans savoir pourquoi,  je m’empressai de m’habiller. Comme si j’avais oublié où je me trouvais et que le taxi allait apparaître à la porte aussitôt le combiné déposé…

Cré moi!

Cela prit environ une dizaine de minutes avant que je ne vis le halo des lumières trouer la noirceur de la rue. Je descendis les quelques marches au pas de course, le manteau grand ouvert, et fis glisser la porte côté passager du van gris au lettrage jaune. J’indiquai mon adresse à la Jeune Conductrice Inuk qui s’excusa de son retard... 

« Intéressant… » pensais-je.

 J’étais assise aux côtés d’une Dame d’un certain âge, dont le cerveau semblait flotter dans les brumes d’un au-delà et que nous devions tout d’abord, aller reconduire au Bar…

Ben oui

À l’avant, une jeune fille prenait également place du côté passager. Alors que nous roulions, le cellulaire sonna… On fit demi-tour, prit une rue plus loin où on s’arrêta devant une maison. Un jeune embarqua en même temps que la Fille de devant… débarquait…

Ça sonne… Un autre appel… On repart côté Auberge. À notre arrivée, un homme attend devant et nous fait signe. Il embarque. Ça se met à jaser en Inuktitut. Quelques rues plus loin, nouvel arrêt. L’homme débarque. Nous… on attend… Quelques minutes plus tard, l’Homme revient et on re-repart! Le Jeune homme à mes côtés commence à me faire la conversation dans un français hésitant. Il me dit qu’il travaillait au gym à l’époque où je m’entraînait pour le trek sur la Grande Muraille de Chine en 2011. Il dit me reconnaître…

« Tu pas reconnaître moi? » me demanda-t-il. (Euh? Avec ma mémoire?… Non… pas vraiment!...) Finalement on prit la route vers chez-moi. Je payai mon eight boxes (même tarif pour tout le monde, qu’on reste assis cinq minutes ou une demi-heure dans le taxi) et après un Nakurmiik marialuk*, je tirai la lourde porte et m’extirpai du véhicule saine et sauve…

Comme le Jeune homme venait tout juste de me demander si j’habitais seule et moi de lui avoir répondu spontanément dans l’affirmative… 
Je me demandais… 
Pourvu que… 

*merci beaucoup
 
Photo :  « Back to Kuujjuaq », 15 février 2013


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Ex-Kuujjuamiut, Abitibi, Canada
Angélique, perfectionniste- approximative, douce mais impatiente...

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