vendredi 24 mai 2013

Je venais de passer...



... la journée à écrire : des lettres, des contrats, des messages. À une pellicule près de me rendre au cinéma, je me suis dit que je pourrais bien pousser encore un peu l’image, prendre l’une de mes plumes pour du courage, la glisser dans ma main et pour quelques instants, la laisser s’envoler …
 
Ce que je fis…

Curieusement, alors que Damien Rice me serinait dans les oreilles un « can’t take my eyes of you », j’avais le cœur lourd d’un départ, celui de l’Amie Sue. Non pas qu’elle soit partie pour toujours, mais un peu plus de vingt-huit jours, ce serait long, très long. Comme si tout à coup, il manquait une partie à mon Être…

Vie de mouvance du Nord…

Sans savoir si d’autres âmes erraient toujours dans les locaux de la Régie, je laissai mon esprit vagabonder à des lieux de là, en posant un regard égaré sur la voie asphaltée qui de mon point de vue, dessinait un « E » géant. 

Spécial

J’inspirais la force d’un silence. J’en profitai pour déposer au creux de mon Moi, une muette prière. J’aurais souhaité la laisser danser sur les mots sibyllins, mais je devais demeurer concentrée.

Du moins encore un tout petit peu…

Inconsciemment, je tournais le dos à cette journée…

Étrangement, c’était le signe que j’en avais soupé des « n’importe  quoi »…

photo:"Loin d'être "n'importe quoi"..., Lachine, mai 2013
 

jeudi 23 mai 2013

Quand trop devient comme pas assez



J’avais habité ce mercredi soir comme bien d’autres l’ayant précédé. Je m'étais présentée, seule bénévole, au Wellness Center de la place, un peu passé 18 :30 heures. 

Souper de départ pré-vacance avec l’Amie Sue "préséançant"...

Alors que j’achevais de pousser sous mes pieds, les cailloux de la rue, j’aperçus une Dame assise sur les marches usées de la petite bâtisse au revêtement blanc un peu terni. Je lui lançai de plates excuses (je n’étais toujours pas pour me sentir coupable pour cinq toutes petites minutes de retard de bénévolat…) et la précédai à l’intérieur. Je m’empressai de faire naître la lumière quoique le jour nous accompagnait toujours. Dans la deuxième pièce à droite, je tournai du côté « open », le chandail orange-brûlé-par-le-soleil, suspendu devant la fenêtre,  et me dirigeai au fond du local, là où se trouve la pièce principale. Avant même que je puisse enlever mon coupe-vent, je réalisai que la Dame ouvrait les uns après les autres, les panneaux des armoires de la cuisine. « What are you looking for? » 
« I want some food. » 
« We don’t have some. »  
« Yes you have. » 
À ses pieds, elle avait déposé le sac rempli d’aliments qu’elle avait avec elle à son arrivée. Je m’informai si elle en avait suffisamment pour le soir et le lendemain matin en lui répétant que nous n’étions pas une banque d’aliments. Elle tourna brusquement les talons et sortit en claquant la porte. Je me sentais à la fois médusée et consternée. 

J’aurais aimé faire plus, mais quoi d’autre?...
 
Heureusement, les autres Clientes furent d’humeur agréable et les deux dernières âgées respectivement de 7 et 9 ans ont bien passé une bonne heure à essayer vêtement sur vêtement, payant rubis sur l’ongle le vingt-cinq cents requis pour chaque morceau. En prime ce soir, elles recevaient avec chaque achat, un chocolat (apportés un peu plus tôt par une autre Dame). 

Mais n’allez surtout pas répandre la nouvelle, car nous sommes depuis, en rupture de « stock »!!!

Photo pas rapport : « Quand trop devient comme pas assez », Sainte-Catherine, Montréal, mai 2013

mercredi 22 mai 2013

« Sérieux là? On y va? »



C’était vendredi en 17. Nous nous étions données rendez-vous, Amie J et moi, coins St-Hubert et Sainte-Catherine, juste pour rire et magasiner un peu. Les rues étaient bondées de tous ces Eux, voulant souligner la Journée internationale contre l’homophobie en suivant les ballons roses suspendus au-dessus de cette portion de la Sainte-Cath…
 
J’étais pour…

Mais il y avait aussi Montréal qui soulignait ce soir-là ses trois cent soixante-et-onze ans… Faut le faire, vivre vieille de même! Moi j’aspire à soixante-douze… suite à ma rencontre avec mon Planificateur financier (en fait, c’est qu’après cet âge, je n’aurai apparemment plus d’argent pour vivre… Dommage!...)! Le Quartier des spectacles était plein à craquer de gens qui croquaient dans la frénésie de la soirée. La musique battait son plein et les lueurs nostalgiques dansaient dans le haut des buildings.

Féérique!
 
Quelques portions de vie plus tard, on reprit le chemin menant pour Moi, à cet hôtel qui acceptait les Anges, et Amie J, s’engouffra dans un Palais pour atteindre l’inaccessible sous terre…

Et Moi, Moi dans tout ça?… J’ai coulé mon test de « Métro 102 »!

Zut et re-zut!...


mardi 21 mai 2013

Une ville à apprivoiser



J’ai peur de Montréal, de cette grande ville remplie de foules éparpillées. J’ai peur de m’y perdre, de me faire arracher ce sac que je n’ose porter, d’y croiser quelques truands dépenaillés et barbouillés de graffitis cutanés, vous savez les genres qui crient et qui se précipitent vers vous en courant… pour finir par passer bien loin pour rejoindre leurs chums tous aussi tatoués, de l’autre côté de la rue…
 
J’ai peur de me sentir seule dans ce trop grand Montréal, comme le serait une biche déportée au Nunavik… Peur d’y ressentir trop fort le vide de l’inconnu, l’immensité d’un trop plein de n’importe quoi…

En contrepartie,  j’ai déjà osé m’aventurer en pleine nuit dans la forêt, me réfugier dans une talle de feuillus et attendre que s’apaisent mes angoisses. Je n’avais aucune inquiétude à sortir du camp à la noirceur pour me rendre aux… 

Ben là, quand même, je me garde une p’tite gêne…

Je me sentais bien aussi dans ces grands espaces dépouillés de gens, là où l’air circulait librement entre les roseaux, où le vent fouettait les longs épis de blé, où les vagues d’une rivière à l’eau vaseuse frappaient les bords d’un quai abritant quelques gigantesques oiseaux métalliques… 

Mais me voilà là-bas, à circuler avec mon Amie J, d’un centre-ville à un Vieux Port, à admirer des lumières s’allumant une à plusieurs, s’amusant à créer des bijoux erratiques accrochés à d’invisibles cous, suspendus à d’imperceptibles lobes, glissés à d’insensibles doigts…

J’apprends à respirer et à me déplacer d’une même foulée.  Je dégrossis mes peurs et les enferme dans de petits pots que je finirai par laisser flotter sur un fleuve qui ne demande rien de plus que de se faire lui aussi, apprivoiser…

« J’apprendrai à t’aimer, tel que tu es… », aurai-je aimé lui dire. Mais l’heure du départ a sonné trop vite. 

Je me reprendrai…


lundi 20 mai 2013

« Le printemps est B O... »




… semblait me narguer la ville. Et pourtant…

Au départ, j’avais osé glisser dans ma valise une petite robe aux couleurs modes et quelques autres morceaux tous aussi légers…

J’avais osé également cependant, le parapluie, le coupe-vent, le chandail ouaté, les bas, le foulard et même, même… la tuque légère et les gants…

Oui, j’avais osé!

J’espérais m’être trompée et ne pas trouver l’occasion d’utiliser tout ce fatras mais ce ne fut pas le cas et à quelques exceptions près, j’en eus besoin. Montréal se livra à moi avec un mélange de froid et de candeur. Pendant les jours ouvrables, j’acceptai sans rechigner son visage mi-soleil mi-nuage. Et si samedi fut agréablement chaleureux pour les nombreux nouveaux mariés, dimanche lui, sortit son habit gris. Qu’importe : après les heures productives reliées au boulot, le Vieux disposa des pavés inégaux sous mes pieds afin que je puisse terminer agréablement les journées. Finalement la semaine est passée en coup de vent et ce n’est qu’à moitié surprise que je me suis retrouvée assise dans le chic Boeing 737-200 de la compagnie First Air pour rentrer au bercail. 

N’eut été de mon énigmatique compagnon de voyage au regard bleu méditatif se rendant à Iqaluit, le vol aurait été bien lénifiant. Comme si j’avais pu oublier de dormir quelques heures dans les dernières…

Allez savoir…
photo: "Lu à Montréal: où suis-je?...", Montréal, mai 2013