dimanche 5 octobre 2014

Changer de livre (et non seulement tourner la page)



L’expression ne venait pas de moi. J’avais lu ça quelque part sur FB. J’avais aimé. Parce que dans le moment présent, c’était plus que vrai en ce qui me concernait.
 
Je me retrouvais, à quelques pages près, à la fin du dernier chapitre d’un livre débuté en 2009, après que j’eusse tourné la dernière page de celui commencé en 1984… 

Ça en fait des mèches de temps ça!

Je faisais face à une autre période de ma vie, où je dénudais mes alentours afin de laisser place au renouveau. Comme si à faire le tri, regarder chaque souvenir avec les yeux d’un adieu, pouvait me faire avancer plus facilement vers l’inconnu. Une fois de plus, je faisais l’exercice. Une fois de plus, je me dirigeais vers une séparation

Les jours s’écoulaient à une vitesse folle. Je ne trouvais plus le temps d’écrire, à peine le temps de réfléchir. Je n’étais pas angoissée, juste un peu effrayée face à tous ces évènements à venir dont je ne contrôlerais que dalle. Je devrais vivre et laisser vivre. 

Me laisser vivre…

J’écris en paraboles, parce que je ne suis pas prête à coucher, noir sur blanc, la fin de l’énigme. Mais ça ne saurait tarder… Promis…

En attendant, du haut du Moyen-Nord Québécois, je vous envoie idée de paysage qui s’offre de plus en plus et même déjà presque plus, à nous. Les jaunes perdent tranquillement leur éclat, signe qu’ils s’en vont, eux aussi, tranquillement vers une autre vie.

Voilà pour les nouvelles en ce dimanche matin, où la température devrait en mettre plein la vue en battant des records dans cette région dénudée d’arbres, mais tellement, tellement remplie d’amitiés…
"Jaunures", Kuujjuaq, septembre 2014

lundi 29 septembre 2014

Jobie Tukkiapik



C’était le soir du Commandant Piché. J’attendais patiemment que la horde de demandeurs d’autographes aient fini de faire la queue afin de me présenter à mon tour avec Caramel.
 
Tout ce temps, un homme à fière allure se tenait derrière moi. Après l’avoir bombardé de coups d’œil à répétition, je me décidai enfin à plonger

« Are you Jobie Tukkiapik? » lui demandais-je un brin hésitante.

« Yes I am » me répondit-il avec un sourire. « Why? » Et de lui baragouiner dans mon anglais brinquebalant, que j’avais entendu parler de lui par mon Grand Frère, qui lui aussi, avait déjà piloté pour Air Inuit, et bla-bla-bla, bla-bla-bla, bla-bla-bla… (texte facile à écrire qui ne résume en rien tout ce que j’ai pu lui dire en cinq minutes…)

J’avais le sourire fendu jusqu’aux oreilles, plus impressionnée que j’étais, d’être à côté de cet homme (qui, soit dit en passant, est le président de la Société Makivik et président du conseil  First Air) que d’être à trois pas du Fameux Commandant… On peut voir la binette de M. Tukkiapik dans les premières pages de la revue "above & beyond", le magazine glissé dans la pochette du siège devant vous, dans le Boeing 737 reliant Kuujjuaq à Montréal.

Bizarre n’est-ce pas, comment parfois on peut juger des évènements selon ce que nous sommes?...

vendredi 26 septembre 2014

Les deux font la paire



Misère! La superbe paire de boucles d’oreilles, souvenir de mon passage professionnel dans la petite communauté algonquine de Pikogan venait de se briser. Non pas abîmée, juste séparée. Ce n’était plus qu’une paire de rien
 
L’histoire…

«... J’avais rendez-vous avec le Copain-connu-à-Aupaluk pour une soirée souper-cinéma. Première des choses : alors que je venais à peine de quitter le Centre de Santé, et après avoir fait un court arrêt à Tivi Galleries, je me dirigeai vers l'Auberge, le sac à dos plein à craquer de tout ce que j’avais besoin pour combler un trente-quarante-cinq minutes d’attente. Je me rivai tout bonnement le nez sur la porte. 

« S’cusez M’dame mais on est fermé. Y’a plus d’électricité dans la moitié de l’Auberge. » 

C’était il y a une semaine. Penaude j’avais repris le chemin de la maison… Avais-je d’autres choix?...

Deuxième des choses : ce soir-là, vers dix-huit heures, on avait sonné à la porte. Le Copain-connu-à-Aupaluk, inquiet de ne pas me trouver à l’Auberge (qui avait depuis, retrouvée toute son énergie…), était venu aux nouvelles. J’avais rapidement enroulé le foulard rouge ligné de noir autour de mon cou et enfilé un manteau. Je l’avais suivi, histoire de vivre la soirée préalablement planifiée. 

Une fois installée et assise à table, j’avais machinalement tâté le lobe de mon oreille droite. Surprise! Ma boucle d’oreille "capteur de rêves et plume d’argent", n’y était plus. Paniquée, je portai les doigts au lobe gauche : je sentis la toile d’araignée tissée de minuscules perles, se balancer doucement entre mes doigts. Désolée, je la retirai. Je venais de perde l’un des bijous qui me tenait le plus à cœur. Un quelque chose qui me branchait avec les Grands Esprits. Ceux d’ici et d’un ailleurs. Peut-être même ceux d’un au-delà.

Allez savoir…

La soirée suivit son cours. Après le souper, le cinéma. À notre arrivée, le film de Walt Disney, « Plane, Fire and Rescue», était commencé depuis un bon trente minutes. Le reste se passa très vite, et mon CcàA me déposa tôt à la maison.

Puis, le temps fuit  pendant deux jours…

Troisième des choses: un dimanche matin. Je me rendais à pied, de nouveau à l’Auberge, pour participer au brunch organisé pour la cause du cancer du sein. 

Ça me touche de près moi, cette cause. Alors je participe…

Chemin faisant, une camionnette-un-brin-bourgogne se gara près de moi. Mon CcàA abaissa la glace côté passager et me lança : « J’ai une surprise pour toi. »

Mon cœur s’arrêta un bref battement. Que voulez-vous? J’aime ça moi, les surprises!

Il farfouilla à peine une seconde ou deux entre les deux sièges pour en extirper… Et oui! Vous l’avez déjà deviné!

Que puis-je ajouter? Que je suis heureuse? Bénie des Dieux? Ou peut-être même, des Grands Esprits?...

Allez savoir…»
"Les deux font la paire", Kuujjuaq, septembre 2014

jeudi 25 septembre 2014

Bombe



On en avait entendu parler entre les buissons rabougris du Nunavik. La nouvelle avait filé entre les arbustes de thé du Labrador et les cotons ténus. Elle avait bifurqué par les marais, s’était enfargée dans le lichen pour aboutir, finalement et comme de raison, à la télévision.
 
« Le Ministre de la Santé abolit les Agences de Santé. » Tiens, tiens…


Durant mes trente-six années de pratique, cette organisation est passée de « Conseil régional de la Santé et des Services Sociaux » (CRSSS, prononcer « Cress »), à la Régie Régionale de la Santé et des Services Sociaux (RRSSS) pour finir en 2004 en « Agence de la Santé et des Services Sociaux » (ASSS). Seule, celle du Nunavik avait gardé le nom de Régie. Question de politique, de Convention. D’accords… Entre le gouvernement et le Nord Québécois…



Qu’adviendra-t-il de tous ces travailleurs? Ils seront rapatriés sous une nouvelle appellation? Oh… et puis, non… Je n’entre pas là-dedans. Terrain boueux, comme le sol du Nunavik ces derniers jours… Je vais laisser sécher…

Et puis, plus triste et important encore que la mort des Agences…

Je venais tout juste d’écrire le titre du présent billet, quand j’appris sur MSN, le décès du maire d’Amos, M. Ulrick Chérubin. Depuis belle lurette, il avait conquis les cœurs des jeunes et des moins jeunes. Ce matin, son cœur, en un trop plein d’amour, a lâché à son tour. Depuis bien longtemps, ces concitoyens lui étaient fidèles, belle marque de confiance. Je l’aimais beaucoup, même si je n’avais pas eu l’occasion de le rencontrer très-très souvent. Nous avions la même date d’anniversaire, ça nous faisait un point en commun. Un Capricorne, sensible, aimant, généreux.

Ici non plus, je n’irai pas plus loin. Dans de futiles éloges. J’ai lu l’hommage que lui a rendu sur FB, une ancienne Collègue de Santé au travail. 

AP, tes mots sont trop beaux pour que je puisse même tenter en ajouter d’autres...

Repose-toi bien Ulrick…
photo TC Média - archives